L’homme élevé

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Je ne suis pas du tout féru des thèses d’Heidegger. Sa sulfureuse proximité avec le nazisme participe c’est vrai beaucoup de ce rejet premier autant que le caractère abscons de sa conceptualité, vivier de sectarisme autant du côté allemand que du côté français où les coteries heideggeriennes se gargarisent de néologismes qui semblent plus servir à créer des confréries recluses que sur une vraie volonté de faire accéder à l’œuvre en la traduisant au mieux.

Cela étant dit quand le penseur allemand évoque l’une des conditions de l’homme moderne autour de la notion d’élevage, cela me parle. Pourquoi ? Précisément, parce qu’il me semble que nos sociétés créent actuellement des finalités à la science et en particulier à la médecine telles que l’homme devient orienté dans un sens voulu, qui serait un sens commun, un sens accepté et qui correspond grosso modo à l’individu idéal pour une société mesurée.

Ce trait que certains voient déjà dans le traitement médical de la délinquance, prend aussi le tour d’une sorte de norme physico-intellectuelle qui fonctionnerait sur l’axe : jeune et compétent.

L’homme du troupeau dans cette modernité est en effet jeune, car la vieillesse dans cette société s’apparente trop à la mort. Or dans une société technologique où la fragilité est le levier d’un effort pour la dépasser, on ne peut pas tolérer un espace pour la finitude.
Jeune donc mais aussi compétent. C’est-à-dire au service des tâches assignées par son entreprise et plus globalement apte dans l’environnement concurrentiel où il vit.

Cet homo perfectus est d’autant plus en route que ce sont les individus eux-mêmes qui sont les sujets agissant de ce changement, voire de bouleversement de la condition humaine.

Il n’est pas besoin d’un ordre explicite. L’appétit de nos contemporains pour les cosmétiques qui masquent les traces du vieillissement, leur appétence évidemment pour la chirurgie plastique sont des manifestations tangibles de ce consentement volontaire qui ignore ce qui le motive.

Notez bien l’exemple sud coréen ou chinois. On arrive dans ces sociétés à définir l’intervention esthétique comme une mesure nécessaire pour travailler, pour se marier et pour être accepté dans une société hyper concurrentielle.

La mesure, ce n’est pas anodin, revient à dire que comme la scolarité, le diplôme ou l’expérience, l’opération chirurgicale est un ce sans quoi…..

Il y a donc un plan sociétal. Il doit dresser l’homme vers l’Utile que s’est donnée cette société. La métamorphose étant achevée lorsqu’il n’y aura presque plus de trace de la référence biologique de l’homme. Et par biologique, j’entends la potentialité du fragile, de l’incomplet, de la faiblesse… Trouble, limites, maladies qui entravent la performance.

Quand tous ces paramètres auront trouvé leur point de résolution par la technique, le médicament ou l’universalité génétique (un être modèle créée de toutes pièces pour être apte) , nous aurons fini de connaitre l’homme tel qu’il est maintenant.

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